Les témoignages

Le témoignage d'une patiente en situation précaire

christine-georgin-floutee.jpgChristine G. a 53 ans. Divorcée, elle vit seule. En 2007 on lui diagnostique un cancer du sein métastasé à l'os, sans guérison possible. À partir de cette date, elle commence son combat contre la maladie, mais aussi contre la précarité qui l'accompagne.

"J’étais agent général d'assurance, je gagnais correctement ma vie. Puis j’ai décidé de vendre mon portefeuille clientèle à la compagnie où je travaillais au mois de mai 2007. Je souhaitais changer de travail lorsqu’en juillet 2007 on me diagnostique ce cancer. À ce moment, tout a basculé. Il y a d’abord eu la chirurgie qui a consisté à l’ablation d’un sein. La chimiothérapie a suivi. J’étais tellement fatiguée qu’il était impossible de reprendre le travail. Heureusement, au début j’avais un peu d’argent de côté, mais il a été rapidement épuisé. Je me suis retrouvée avec 1000 euros pour vivre, provenant d’un contrat d’assurance auquel j’avais souscrit. Pendant cette période, je survis sans faire de dettes. Avec un loyer de 650 euros, il est évident que cela implique des restrictions. Et puis ces indemnités sont arrivées à leur terme, je suis reconnue en invalidité, mes revenus tombent à 760 euros par mois.

Et là, la galère commence. "J’ai d’abord été baladée d’assistante sociale en assistante sociale. C’est une situation qui n'est pas facile quand on a toujours travaillé et qu’on n’a jamais rien demandé. Je dois me battre tous les jours contre le cancer, mais aussi me confronter à l’administration. J’attends depuis 5 ans l’allocation logement (APL) pour le HLM dans lequel je vis, mais pour des problèmes administratifs, cette aide ne m’est toujours pas versée. De fait, je suis dans l’incapacité de régler la totalité de mon loyer. Je fais l’effort de payer chaque mois les deux tiers, c'est mon maximum. Seulement il y a quelques jours, j'ai reçu un courrier me menaçant d’expulsion. Et à l’hôpital on me dit : évitez toute forme de stress c’est mieux pour votre maladie.

"Les traitements contre mon cancer sont pris en charge à 100 %. Ces traitements sont très lourds et ont beaucoup d’effets secondaires ou indésirables. J’ai des problèmes d’estomac, ma vie gastrique est inexistante. Ce qui pourrait me soulager sont des médicaments aujourd’hui considérés comme des médicaments de confort qui ont été déremboursés. Impossible pour moi de me les procurer, je n’ai pas de mutuelle, je n'en ai pas les moyens et je suis trop "riche" pour percevoir la CMU. De la même façon, la Sécurité sociale rembourse les perruques à hauteur de 120 euros. J’ai donc décidé d’assumer ma perte de cheveux provoquée par les traitements de chimiothérapie plutôt que de porter ces perruques de farces et attrapes. Je ne vous parle pas des autres frais médicaux qui sont exclus de la prise en charge. Comme tout le monde, je dois aller chez le dentiste ou encore chez l’ophtalmologiste, mais je suis obligée d’y renoncer faute d’argent.

"Pour le reste je me débrouille comme je peux. J’ai la chance d’être bien entourée de mes enfants et de mes amis. Je ne cache pas que les mois sont difficiles. Parfois certaines personnes de mon entourage me paient une facture, d'autres me font des courses. Mais je ne me laisse pas abattre, j’ai une force de caractère, même si parfois j’ai l’impression d’être maudite."

Christine G.

Anne-Laure, son combat contre le cancer… et la Sécu

anne-laure-floutee.jpgDouble peine. Atteinte d’un cancer, Anne-Laure G. se retrouve en plus aujourd’hui sans revenus. La Sécurité sociale refuse de lui donner des indemnités journalières au titre qu’elle a usé d’un congé parental avant de tomber malade. Anne-Laure a fait un recours devant le tribunal et souhaite sensibiliser la population et les élus afin que la loi évolue.

Comment peut-on laisser des gens qui combattent la mort sombrer dans la misère ?? Anne-Laure G. est en colère. La fatigue accumulée à l’issue de sa radiothérapie et de ses quatre mois de chimiothérapie a à peine entamé sa volonté de justice sociale. Pourtant, rien ne prédestinait cette Saint-Gilloise âgée de 44 ans a entré dans un tel combat. Lorsqu’elle s’installe avec son conjoint à la Réunion il y a près de six ans, tout semble lui sourire.

Elle trouve un poste d’assistante de direction et tombe enceinte assez rapidement. Pour mieux profiter de ces deux petites filles, aujourd’hui âgées de quatre et cinq ans, elle décide de prendre un congé parental d’éducation (CPE) de trois années, entre juin 2008 et juin 2011. Pour rappel, un congé parental est un congé non rémunéré qui suspend l’activité du salarié pendant un maximum de trois ans et avec l’assurance de retrouver son emploi à son issue. Mais au moment de réintégrer son travail, Anne-Laure Gambée veut changer de voie. “Mon frère était mon employeur et mon mari travaillait dans la même entreprise, j’avais besoin de prendre l’air. ? Elle signe alors une rupture conventionnelle pour prétendre au chômage, le temps de se former.

Une nouvelle vie s’offre à elle, très vite stoppée dans son élan. Après un contrôle de routine, Anne-Laure apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. La nouvelle tombe comme un couperet. Scanner, biopsie, opération chirurgicale, chimiothérapie, radiothérapie… elle enchaîne le long et douloureux périple du cancéreux. À cause de la maladie, elle retarde les démarches administratives et ne se préoccupe pas avant octobre de la question financière.

C’est avec une immense surprise qu’elle reçoit une fin de non-recevoir de la part de la Sécurité sociale quant à sa demande d’indemnisation journalière. “Le principe du maintien des droits, au titre du chômage indemnisé, s’applique quel que soit le délai écoulé entre la cessation d’activité salariée et l’indemnisation par le chômage, à condition qu’entre ces deux dates ne soit pas interposé un autre dispositif que le maintien de droit général de 12 mois, justifie la CGSS de la Réunion par courrier. Dans votre cas, vous étiez en congé parental de juin 2008 à juin 2011. ?

“On abandonne quelqu’un qui lutte contre  la maladie ?

La réponse lui paraît un peu alambiquée et Anne-Laure tente de trouver des informations auprès des forums Internet. Elle découvre alors qu’elle est loin d’être la seule personne dans ce cas. Autrement dit, malade et sans ressources. L’article R313-3 du code de la Sécurité sociale plonge de nombreuses familles dans la précarité en France. Elle décide alors de contester la décision de la Sécurité sociale par courrier puis en saisissant la commission de recours à l’amiable. Celle-ci ayant six mois de retard, elle fait un recours devant le tribunal des affaires de Sécurité sociale. Jusqu’ici, aucune réponse ne lui a été fournie. Contactée par le Journal de l’Ile, la CGSS de La Réunion explique qu’en “cas de congé parental, il y a maintien des prestations en nature (remboursement de soins, ndlr) mais suspension des indemnités journalières ?, avant de préciser que “le dossier sera néanmoins réétudié" Car Anne-Laure est tombée malade non pas lorsqu’elle était en congé parental, mais quand elle était enregistrée à Pôle emploi.

En attendant de connaître ses droits, la mère de famille souhaite que la législation du code de la Sécurité sociale évolue. “J’ai de la chance d’avoir un mari qui peut m’aider financièrement, mais comment j’aurais fait pour subvenir à mes besoins et à ceux de mes enfants si j’étais seule ou divorcée ?, s’interroge Anne-Laure. La chimiothérapie, ça vous rend K.-O. Comment peut-on se payer une baby-sitter sans revenus ? Ce qui me choque, c’est qu’on abandonne quelqu’un qui lutte contre la maladie. ? Ce n’est pas pour l’argent, ni même pour sa chapelle qu’Anne-Laure prêche. Elle souhaite se battre pour toutes ces femmes silencieuses qui sont isolées et se retrouvent sans le sou. Et pour que des élus prennent enfin conscience de cette aberration législative

Marie Payrard

anne-laure.jpg

http://www.clicanoo.re/324933-son-combat-contre-le-cancer%C2%85-et-la-secu.html

Le témoignage de Justine, dans la même situation

justine.jpgBonjour, j'ai appris que j'avais un cancer du sein le 26 décembre 2011. Je suis donc en arrêt maladie depuis cette date, mais je n'ai pas le droit aux indemnités journalières de la sécu, droit à rien aucun revenu. Je vous explique ma situation:

  •  de mai 2009 à mai 2011 j'étais en congé parental. 
  • le 21 mai 2011 je fais avec mon employeur une rupture de contrat conventionnel et je m'inscrit à Pôle emploi (avec mon mari nous avions le projet de partir travailler en province pour l'été 2012)
  • mais mes recherches d'emplois s'arrêtent, dépistage d'un cancer du sein
  • J'envoie donc mon dossier à la sécu et ils mettent plus de 2 mois pour me répondre que je n'ai droit à rien puisque je n'ai pas réouvert de droit depuis trop longtemps. Je ne savais pas que lorque l'on prend un congé parental on perd ses indemnités journalières. Situation financière catastrophique pendant les 2 mois, nous vivons à 5 sur un seul salaire. Je ne pouvais faire aucune démarche administrative puisque j'attendais la réponse de la sécu. Lorsque j'ai enfin reçu la lettre de refus j'ai pu faire des démarches auprès des assitantes sociales. 
  • nous avons réussi à baisser le tarif de la cantine, du loyer, la ligue contre le cancer nous à aidé financièrement, ainsi que l'aide sociale à l'enfance (aide ponctuelle).

 

Pour ma part je n'ai aucun statut, je ne suis plus en recherche d'emploi, pas de reconnaissance sécu, c'est assez perturbant comme situation. Je voulais vous tenir au courant de ma situation car c'est lamentable, en tant que femme on ne vous dit pas que vous perdez beaucoup lorsque vous prenez un congé parental, vous n'avez pas le droit d'être en maladie !!!

Je ne pense pas être le seule femme à qui cela arrive et j'aimerais alerter les politiques, les associations, les femmes... de cette situation.

 

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